Boris Godounov à Paris le 7 juin 2018 à l’opéra Bastille

Sombre opéra

Opéra super dark du compositeur Moussorgski, monument de la musique Russe composé en 1869, il relate la déchéance du Tsar éponyme. La mise en scène était on ne peut plus sombre elle aussi dès le premier tableau entièrement noir avec pour unique élément de décor un escalier volant géant et 4 chaises Tollux. Hélas ce sera le seul décor pendant tout l’opéra et ne sera donc guère réjouissant en particulier dans les quelques longueurs de l’opéra qui dure pourtant seulement un peu plus de deux heures, 4 actes sans entractes.

Une étoile brillait dans ce décor bien noir

Heureusement une étoile brillait dans ce décor bien noir, Ildar Abdrazakov, la basse star du moment vu notamment cette saison au Met dans le rôle d’Assur dans Semiramis et Philippe II dans Don Carlos à Bastille. Mais cette lumière semblait tout de même faiblarde et frustrante, non pas à cause de sa voix magnifique mais de sa partition bien minime dans l’ensemble de l’opéra. On désespère de le réentendre quand enfin il réapparait dans un duo sublime avec sa fille au début de l’acte III. Quelle chanteuse extraordinaire elle aussi ! Le final est magnifique, lorsque la démence le prend, le lyrisme reprend du service au point qu’on est bien triste qu’il meure presque trop vite.

Un livret fascinant

Le livret est fascinant, avec des accents littéraires époustouflants. C’est finalement l’histoire d’un homme carriériste à l’extrême au point de tuer un enfant de 7 ans, le Tsarévitch précédent, pour s’emparer du trône. Histoire a priori banale d’un trône mal acquis, histoire répétée depuis la nuit des temps et qui se répétera par la suite. Sauf que le retournement est très original. En effet, c’est en découvrant la paternité – Boris aime profondément ses deux enfants la Tsarévna et le Tsarévitch – qu’il devient fou d’avoir tué un enfant pour accéder au trône ! La mise en scène à ce sujet a été très juste et met l’opéra dans une perspective contemporaine du dilemme entre ambition personnelle (extrême) et vie de famille. Le point d’orgue littéraire de l’opéra c’est également le retour du vieux moine à l’acte IV qui distille sa fable de l’aveugle. Lorsqu’il amène progressivement le nom de Dimitri, le Tsarévitch assassiné, puis finit par s’exprimer à la première personne l’intensité tragique est à son paroxysme précipitant le Tsar dans la démence…

Mise en scène et costumes toujours plus minimalistes à Bastille

C’est d’ailleurs souvent ce qui fait la qualité des représentations de Bastille. Bien que les mise en scène et costumes soient toujours plus minimalistes, l’accent est mis sur des éléments puissants des livrets. On est à l’opposé des représentations très premiers degrés du Met Opéra de New York qui à l’inverse nous éblouissent de décors et costumes flamboyants. Ici l’absence quasi totale de costume, Grishka en sweet à capuche, le peuple en parka et jeans, et les décors ultra monochromiques ont cependant causé du tort à l’opéra. Les lenteurs, comme le long dialogue entre les deux moines au début de l’acte deux, en étaient accentuées.
Boris Godounov Moussorgski Bastille Paris 2018

Du génie absolu dans la partition

Et la musique dans tout ça ? Il y a des moments de génie absolu dans la partition, des dissonances sublimes et une attention portée au son tout à fait révolutionnaires. Les carillons et la basse, ou encore les trios de notes répétés et inquiétants sont fascinants, uniques, avant-gardistes. Mais on retiendra surtout les choeurs mélodiques et puissants. L’Acte I en est époustouflant. Hélas c’est tout de même assez inégal sur l’ensemble de l’opéra et sans une mise en scène spectaculaire on en vient tout de même à regarder sa montre de temps en temps.

Les images et vidéos proviennent de l’Opéra de Paris, retrouvez-les ici >> site de l’Opéra de Paris

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